Histoire-Culture de Chypre
En raison de sa position géographique privilégiée, Chypre au carrefour de peuples et de civilisations sis aux confins de trois continents, l’Europe, l’Asie et l’Afrique, joua un rôle majeur dans l’évolution de l’histoire de la Méditerranée orientale.
 
Son histoire est l’une des plus anciennes du monde et les premières traces de civilisation remontent à plus de 11 000 ans au IXe millénaire. Pendant l’age du bronze (2500-1050
av. J.-C), Chypre est devenue célèbre pour sa production de cuivre et il est probable que son nom provient d’un mot archaïque désignant le cuivre.

 

 

L’événement le plus important qui a marqué l’histoire de l’île au cours de l’âge du bronze fut l’arrivée des Mycéniens-Achéens, entre le XIIIe et le XIe siècle av. J.-C.. Les Achéens sont installés dans l’île et y fondèrent des cités-royaumes, sur la base du modèle de Mycènes et introduirent la culture hellénique, déterminant de façon décisive l’identité culturelle du pays.

 

Dans l’Antiquité, la renommée de Chypre pour ses mines de cuivre et ses forets dépassait largement ses frontières. Ses richesses naturelles et sa position stratégique en ont fait une pomme de discorde entre les puissants de la Méditerranée orientale. Elle fut tour à tour, envahie par les Phéniciens, les Assyriens, les Egyptiens et les Perses.

 

Alexandre le Grand a libéré l’île des Perses et une flotte chypriote l’avait aidé à conquérir la Phénicie. Après la mort d’Alexandre, les généraux qui lui ont succédé, se sont battus pour l’île, en raison de sa position stratégique et ses richesses et finalement Chypre a fait partie de l’Egypte ptolémaïque. Deux siècles plus tard, en 58 av. J.C., l’île fut annexée à Rome. Nous devons également évoquer une autre date importante de l’histoire chypriote, en 45 après J.C., marquée par l’introduction du christianisme par les Apôtres Paul et Barnabé.

 

Lors de la division de l’empire romain en 330 apr. J.-C., Chypre devint une province de l’Empire byzantin. La période byzantine laissa dans l’île un héritage culturel et architectural d’une richesse considérable.
 
Au moment des croisades, Chypre a été conquise par Richard Cœur de Lion d’Angleterre, en route vers la Terre Sainte qui la remit par la suite aux Templiers. A leur tour, les Templiers ont cédé l’île à Guy de Lusignan de France. Ces derniers y établirent un royaume sur le modèle féodal de l’Occident de 1192 à 1489.
 
La dernière reine des Lusignan, Caterina Cornaro (qui inspira notamment un des plus bels, bien que méconnus opéras de Donizetti « Caterina Cornaro »), fut contrainte de céder les droits à la République de Venise qui gouverna l’île jusqu’en 1571, date à laquelle, Chypre fut conquise par les Ottomans.
 
Le passage des différents peuples laissa sans doute des traces qui ont marqué à jamais la culture du pays, bien que l’île a su garder intacte, malgré ces conquêtes successives, son identité hellénique, tout en assimilant harmonieusement des éléments provenant par les différentes cultures d’autres peuples étrangers.
 
A cet égard, Chypre est une véritable mosaïque culturelle, un lieu fascinant des contrastes qui cohabitent harmonieusement depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. Ces contrastes et cette harmonie frappent encore le visiteur qui découvre dans l’île une terre d’accueil, abritant des temples romains et grecs, mais aussi des églises byzantines, où on peut voir planer la figure mythique d’Aphrodite, à côté des Apôtres Paul et Barnabé, ainsi que les héros légendaires des chants populaires du Moyen Age, dits acritiques qui ont tant enflammé l’imaginaire populaire.
 
Lorsque nous évoquons cette mosaïque culturelle qu’ a toujours été Chypre, il conviendrait de mettre davantage l’accent sur la période de la dynastie des Lusignan, dont les traces sont perceptibles dans plusieurs domaines de la vie culturelle du pays.
 

 

La présence culturelle française et latine

 
L’époque des Lusignan à Chypre, fut un lieu de rencontre privilégié de deux civilisations différentes, celle de Byzance et celle de l’Occident, qui nous a légué un héritage culturel important, y compris de monuments d’art gothique. Pour donner quelques exemples : la cathédrale de Aghia-Sofia à Nicosie, dont la construction fut vraisemblablement entamée en 1209. C’est dans cette église, résidence de l’archevêque latin de l’île, qu’étaient couronnés les rois de Chypre et que certains d’entre eux sont enterrés. De même, on peut citer la cathédrale d’Aghios Nikolaos à Famagouste, excellent exemple de style gothique, construite au début du XIVe siècle, ainsi que la merveilleuse abbaye de Bellapais à Kerynia. Tous ces monuments sont situés dans la partie occupée de Chypre et sont aujourd’hui des témoins silencieux d’un passé glorieux.
 
La cohabitation des Chypriotes avec les Latins (les Francs et les Vénitiens) eut pour effet une admirable symbiose de longues traditions intellectuelles et artistiques byzantines et d’emprunts culturels à l’Europe occidentale. Un bon exemple en fut Georges Boustrone, d’origine franque, auteur d’une chronique en dialecte chypriote, qui vécut dans le cercle des derniers Lusignan. Il convient également de compter parmi les exemples les plus représentatifs de la symbiose entre les Chypriotes et les Vénitiens, l’adaptation en dialecte chypriote des poèmes d’amour de Pétrarque, réalisée à l’époque de la domination vénitienne. On peut aussi ajouter que ce sont la chronique du Chypriote Léonce Machairas et la chanson chypriote d’Arodaphnousa qui ont inspiré à Gabriele D’Annunzio sa Pisanella et d’autres pièces poétiques.
 
Le dialecte et la gastronomie portent également des traces du passage dans l’île des Francs et des Vénitiens.
 
Au fil des ans, qui se sont écoulés après la fin de la période franque, les liens entre la France et Chypre ont réussi à résister au temps, malgré le passage d’autres peuples étrangers dans l’île, notamment les Ottomans. A cet égard, on peut citer l’exemple du poète romantique d’origine française Gustav Lafont, qui vécut à Chypre au XIXe siècle et qui resta célèbre pour sa traduction en français de l’Hymne à la Liberté du poète national grec Dionisios Solomos.
 
Nous devons également évoquer la figure emblématique d’Arthur Rimbaud (1854-1891) qui vécut à Chypre en 1878 et y retourna en 1880, embauché dans une entreprise chargée à édifier un palais destiné au gouverneur britannique. Les liens du poète avec l’île ont été soulignés par plusieurs de ses biographes et son évoqués dans la correspondance de Rimbaud.
 
Albert Camus, grand philhellène fut également sensible à l’égard de Chypre. Cet engagement s’est manifesté, entre autres, lors de la lutte anticoloniale des Chypriotes (1955-59), par la publication d’un article de presse sur le jeune Michalis Karaolis, condamné à mort par pendaison. Albert Camus avait fait, en vain, appel au gouvernement colonial de l’époque, afin que la vie du jeune combattant soit épargnée.
 
Après l’indépendance de Chypre, le Centre Culturel Français fut établi à Nicosie, en 1961, à l’initiative de Roger Miliex, manifestant une activité considérable pour la diffusion de la francophonie, ainsi que pour le rapprochement culturel franco-chypriote.
 
La présence française se manifeste également à travers l’Ecole Française Arthur Rimbaud à Nicosie existant depuis 1987, ouverte aux enfants français et francophones désireux de suivre une scolarité (de la Maternelle à la Terminale) conforme aux programmes du Ministère français de l’Education nationale et des Alliances Françaises, à Limassol, à Larnaca et à Paphos.
 
Nous devons également mettre l’accent sur le domaine de l’archéologie, où l’intérêt des Français n’a jamais fané, comme le témoignent les nombreuses missions archéologiques d’origine françaises qui ont eu lieu dans l’île  : pour citer quelques unes, celle de l’Université de Lyon 2 à Salamine (actuellement sous l’occupation de l’armée turque) menée par Jean Pouilloux depuis 1965 qui fut interrompue seulement en 1974 par l’invasion turque, la mission archéologique par le CNRS sur le site néolithique de Khirokitia depuis 1976 et la mission archéologique sur le site de Khition Bamboula. Les Français étaient aussi les premiers à avoir repris les missions archéologiques à Chypre après les événements tragiques de 1974, sur le site d’Amathonte, à côté de Limassol, grâce à O. Picard, Directeur de l’Ecole Française d’Athènes . Nous devons mettre l’accent aussi sur les publications du CNRS sur les résultats des missions archéologiques menées à Chypre, qui sont d’une valeur inestimable aux chercheurs et aux amateurs d’archéologie et d’histoire.
 
Nous devons également évoquer sur le plan éducatif, scientifique et culturel, la coopération entre l’Université de Chypre et les établissements d’enseignement supérieur en France. Pour donner quelques exemples, on peut citer la coopération étroite entre l’Université chypriote et la Maison de l’Orient à Lyon (fondée en 1975 par Jean Pouilloux, professeur à l’Université de Lyon 2), dans le domaine de la recherche scientifique et archéologique. Cette coopération se manifeste notamment à travers l’organisation des colloques, les échanges d’étudiants et la publication des recherches scientifiques.
 
Sur le plan culturel, France fut le premier pays européen avec lequel Chypre signa un accord bilatéral de coopération culturelle, scientifique et technique, en 1969, ce qui contribua, sans doute, a scellé davantage les liens culturels officiels entre les deux pays.
 
L’amitié franco-chypriote se manifeste également à travers les jumelages effectués entre les municipalités françaises et chypriotes. Pour citer quelques-uns, celui de Port de Bouc avec Idalion, celui de Lusignan avec Lefkara, et plus récemment Saint-Cyr-sur-Loire avec la ville, de Morphou (sous l’occupation turque depuis l’invasion de 1974).
 


L’histoire contemporaine

 
L’ouverture du canal de Suez en 1869, avait mis en avant la valeur stratégique de Chypre. Le premier ministre britannique Benjamin Disraeli a réussi à convaincre en 1878 le sultan turc de céder Chypre à la Grande-Bretagne, qui s’est chargée, en échange, de protéger la Turquie des visées expansionnistes de la Russie tsariste.
 
En 1925, Chypre fut proclamée colonie de la couronne britannique.
 
A l’issue d’une lutte anticoloniale menée entre 1955 et 1959, l’indépendance de Chypre fut proclamée en 1960, avec la signature des accords de Zurich et de Londres.
 
Malgré l’essor économique du pays, la constitution de la République de Chypre en 1960 accordant des droits disproportionnés à la communauté chypriote turque par rapport à leur taille, s’avéra bientôt non-viable dans plusieurs de ses dispositions.
 
En 1963, lorsque le Président de la République proposa quelques amendements afin de faciliter le fonctionnement de l’appareil de l’Etat, la communauté chypriote turque sous l’impulsion de la Turquie riposta par une rébellion (déc.1964). Depuis, le but poursuivi par les dirigeants de la communauté chypriote turque, agissant sous l’impulsion de la Turquie, était le partage de l’île et son annexion à la Turquie.
 
Le 15 juillet 1974, la junte militaire d’Athènes, alors au pouvoir, organisa un coup d’Etat à Chypre pour renverser le président Makarios. La Turquie, utilisant ce coup d’Etat comme prétexte, envahit Chypre, le 20 juillet avec une armée puissante. Cette invasion a eu comme conséquence l’occupation d’environ 37% du territoire de l’île des milliers des morts et des blessés et l’expulsion par la force d’environ 200 000 Chypriotes grecs qui sont devenus de réfugiés dans leur propre patrie.
 
De plus, la guerre résultat à un pillage systématique du patrimoine culturel de l’île. Les biens culturels religieux furent les plus touchés, les églises orthodoxes furent dénudées de leurs icônes et leurs fresques d’une valeur inestimable. Ainsi on assiste à un trafic par les Turcs des biens culturels chypriotes, ayant comme destinations les marchés étrangers. Nous assistons également à une destruction systématique des églises, ou à leur transformation en mosquées ou même en étables ou dépôts.
 
Bien que l’invasion turque ait été condamnée et reconnue comme une violation des droits fondamentaux des Chypriotes par les instances internationales, telles l’ONU, le Parlement européen, le Mouvement des pays non alignés, le Commonwealth et le Conseil de l’Europe, la Turquie n’a pas modifié sa position intransigeante et le problème politique de Chypre demeure sans solution.
 
L’attitude stérile turque conduit à l’échec les efforts déployés récemment par l’ONU visant à parvenir à la réunification de Chypre (le Secrétaire général, Kofi Annan, avait présenté, le 11 novembre 2002 aux deux parties un plan pour un règlement global au problème politique de Chypre et lors de sa visite dans l’île le 26 février 2003 il présenta aux leaders des deux parties une deuxième version révisée du plan pour la réunification de Chypre).
 
L’intransigeance du leader Chypriote turc Rauf Denktash a été soulignée davantage lors de l’échec de la rencontre à La Haye, les 10 et 11 mars 2003, où les leaders des deux communautés ont été conviés, répondant à l’invitation de Kofi Annan, pour poursuivre les efforts, en vue d’une solution globale du problème politique. M. Annan avait convié le Président Papadopoulos et M. Denktash à se rencontrer à La Haye disposés à lui faire savoir « où et quand, et si oui ou non, ils s’engageront par écrit à soumettre l’Accord de paix fondamental à des référendums séparés et simultanés le 30 mars afin d’aboutir à un règlement complet du problème politique de Chypre ».
 
Malgré la bonne volonté manifestée par le Président Papadopoulos, l’attitude intransigeante de M. Denktash a conduit le Secrétaire général à conclure qu’il n’était pas possible à parvenir à un règlement global avant la signature du traité d’adhésion de Chypre à l’Union européenne le 16 avril.
 
Dans le rapport du Secrétaire général de l’ONU sur sa mission d bons offices à Chypre (se référant aux efforts soutenues qui ont été déployés, sous ses auspices, entre 1999 et le début de 2003 sur Chypre) l’accent est mis sur l’inflexibilité et sur l’attitude stérile de Rauf Denktash opposées à l’attitude constructive et à l’esprit de bonne volonté manifestés par le Président Tassos Papadopoulos et son prédécesseur, l’ancien Président de Chypre Glafcos Clérides.

                                                                                                                  

 

 

 

 

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